Livre du Mois - Juillet / Août 2011
Verdun
Ce Verdun n’est pas une fresque des opérations de la fameuse bataille. Bien qu’écrit par un ancien combattant de la bataille, il n’est pas non plus un recueil de souvenirs des événements de 1916. Il s’agit plutôt d’un récit de voyage imaginaire. Celui d’un ancien soldat retournant, en janvier 1934, sur les traces des combats auxquels il prit part, dix-huit ans plus tôt. Les quarante premières pages de l’ouvrage sont tout de même consacrées à la découverte, par l’auteur, de Verdun, en mars 1916. Cette courte partie est riche d’enseignements sur la psychologie des soldats de la Grande Guerre. Pierre Mac Orlan déclare avoir été happé par l’atmosphère particulière du champ de bataille dès la traversée de Sainte-Menehould. Sur l’état d’esprit des combattants de Verdun, il est sans concessions : « Pendant près d’un mois, devant Verdun, nous fûmes en proie au délire ». Les bouleversements émotionnels subis par Pierre Mac Orlan, le contraignent à retourner régulièrement sur le champ de bataille de Verdun, une fois les hostilités terminées. Il rédige, dans les cent-vingt pages suivantes, un guide du pèlerin se rendant à Verdun. Il est divisé en trois grandes parties : la route, le secteur et la ville. Le moment le plus poignant est la scène du repas pris dans une guinguette du champ de bataille, par plusieurs anciens combattants.

Avec surprise on s’aperçoit que l’apparence des anciens combattants, munis de gourdes, appareils photos et autres jumelles, est semblable à celle des touristes d’aujourd’hui. Cependant, la comparaison s’arrête là. La personnalité des combattants de Verdun est marquée à jamais par la Grande Guerre, qui reste leur point de référence. Eloquent est à cet égard la description que fait Pierre Mac Orlan du lieu où il déjeune sur la route de Verdun : « je déjeunerai avant Regret, au bord de la route, sous une tonnelle un peu détruite qui ressemble à un abri camouflé de 75. » En outre, ces soldats pour toujours viennent sans leur famille et font la visite individuellement et uniquement des sites sur lesquels ils ont combattu. Un combattant de la rive gauche ne visite pas la rive droite et inversement. Enfin, ce qui surprend le plus aujourd’hui, est la manière dont ils font corps avec les lieux de carnages: « Je vais aller m’installer, moi aussi, pour quelques jours au Ravin de la Mort » L’auteur dépeint également le Verdun des années 30, érigé en « ville du chagrin international », avec ses nombreuses terrasses occupées par les pèlerins écoutant du jazz. Il est à noter que l’auteur n’éprouve aucune amertume à la vue des nombreux objets souvenirs disponibles dans les boutiques de Verdun. Au contraire, à la fin de son ouvrage, il porte sur eux un jugement plein d’avenir : « Dans un siècle, tous ces petits objets prendront une valeur qui leur ouvrira des portes de vitrines qui, aujourd’hui encore, leur sont interdites ».
Rubrique écrite par Romain SERTELET
Notice bibliographique :
MAC ORLAN Pierre, Verdun, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1935, 159 p.
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Crédit Photo : © Nouvelles Editions Latines
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