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Image A. Maginot, ministre de la Guerre meusien

11/04/2011André Maginot, premier ministre de la Guerre meusien

André Maginot, premier ministre de la Guerre meusien 

Au cours du remaniement ministériel du 27 février 2011, Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, a été nommé à la tête du ministère de la Défense. Dans ce contexte, il apparaît opportun de rappeler le parcours d’un autre meusien amené à diriger les affaires militaires du pays : André Maginot. Ses différents postes au ministère de la Guerre ont profondément marqué les orientations suivies par la politique de défense nationale de la IIIe République.

I) Premiers contacts avec les problèmes de défense :

Né le 17 avril 1877 à Paris, André Maginot se considère toutefois comme Meusien. La famille Maginot est fortement ancrée au village de Revigny-sur-Ornain où André Maginot passe toutes ses vacances scolaires. A 20 ans, il obtient son doctorat de droit. Après un service militaire de un an au 94e R.I. de Bar-le-Duc, il est reçu, à 23 ans, auditeur au Conseil d’Etat. Il effectue un séjour en Algérie où il occupe successivement les postes de chef adjoint de cabinet du Gouverneur Général, puis de directeur de l’Intérieur. En 1910, il est élu conseiller général de Revigny, puis député de la Meuse. Il conservera son fauteuil jusqu’à sa mort.

Stèle André Maginot

Monument en l’honneur d’André Maginot sur le champ de bataille de Verdun

Maginot éprouve une très forte sensibilité pour les questions militaires, non en souvenir de son court service mais surtout par ses origines d’ « homme de l’est ». Il est particulièrement pénétré de la nécessité de protéger la Lorraine, qu’une négligence de la politique de défense transformerait en champ de bataille. Son premier combat parlementaire, il le mène en apportant son appui au projet de loi portant le service militaire obligatoire à trois ans. Il parvient à regrouper les éléments du centre, acquis au projet, au sein de l’Entente démocratique et sociale.

Jean Jaurès

Jean Jaurès à la tribune, lors du débat sur la loi de trois ans

Le 9 décembre 1913, le ministère Barthou tombe et le radical-socialiste Gaston Doumergue prend la direction du gouvernement. Il affirme ne pas avoir l’intention de revenir sur le vote de la loi de trois ans. Pour joindre les actes aux paroles, il nomme Joseph Noulens ministre de la Guerre avec André Maginot comme sous-secrétaire d’état. La nomination de ce dernier s’explique par son attachement au vote de la loi de trois ans, plus qu’à ses connaissances limitées du monde militaire. L’application de la loi implique un afflux accru de recrues. Même s’il ne parvient pas à assainir entièrement la situation, André Maginot se montre soucieux d’assurer les meilleures conditions sanitaires possibles dans les casernes jusqu’au terme de sa fonction, le 9 juin 1914.

II) Le député légitimé par le sergent

A la déclaration de guerre d’août 1914, André Maginot se porte volontaire. Il rejoint le 44e Régiment Territorial, presque exclusivement composé de Meusiens. Ne se contentant pas des travaux de terrassement et de fortification, il décide de monter des patrouilles offensives. Il opère sur le plateau de la Woëvre et obtient les épaulettes de sergent et deux citations. Le 7 novembre 1914, il est cité pour la troisième fois et obtient la prestigieuse médaille militaire. Le 9 novembre, toujours devant Verdun, il s’élance dans le bois de Haies où il tombe sur un fort parti allemand. Grièvement blessé à la jambe, il est évacué dans des conditions particulièrement éprouvantes. Sa jambe restera inerte et ce colosse de deux mètres ne se déplacera plus qu’à l’aide de cannes. Ultime distinction, la Légion d’Honneur, lui est décernée, le 12 mars 1918.

Maginot Soldat

Portrait d’André Maginot en uniforme du 44e Régiment Territorial

Une fois rétabli, fort de son expérience au feu, il reprend sa vie de parlementaire. Le 19 mars 1917, il entre, comme ministre des Colonies dans le Cabinet Ribot. Il axe ses actions sur le recrutement des combattants coloniaux et l’exploitation des immenses ressources en matières premières de l’Empire. Il est profondément marqué par les ravages causés par la guerre dans la région de Revigny, qu’il visite dès octobre 1918. L’ancien sergent proteste à la tribune contre la ratification du traité de Versailles qu’il juge insuffisant du point de vue des paiements des indemnités mais aussi de la sécurité des frontières françaises.

Soucieux du devenir de ses camardes de combats, André Maginot est à l’origine de la création du ministère des Pensions, Primes et Allocation de guerre. Il en prend la tête le 20 janvier 1920. Il ne ménage pas sa peine pour honorer les obligations de la France envers ceux qui se sont battus pour elle. Le 15 janvier 1922, il obtient la consécration avec sa nomination au ministère de la Guerre. Ne souhaitant pas abandonner les ressortissants du ministère des Pensions, il cumule les deux postes de ministre de la Guerre et de ministre des Pensions jusqu’au 14 juin 1924, date de son départ du gouvernement. André Maginot organise, à Verdun, la cérémonie du choix du Soldat Inconnu, le 10 novembre 1920 et allume la flamme, le 11 novembre 1923, sous l’Arc de triomphe.

Cérémonie Soldat Inconnu

Cérémonie du choix du soldat inconnu dans la citadelle de Verdun

Le dossier le plus marquant de ce premier passage au ministère de la Guerre est sans conteste l’occupation de la Ruhr. André Maginot est très tôt favorable à l’application de mesures coercitives à l’encontre des manquements de l’Allemagne. Poincaré, décide l’occupation de la Ruhr, le 3 janvier 1923. Le ministre de la Guerre croit au succès de l’opération et s’y implique fortement. Il soutient le moral des troupes par ses visites et est partisan des représailles les plus fermes face aux attentats. La fin de la résistance passive, le 26 septembre 1923, est pour lui une grande victoire française.

Maginot en 1923

II) Ultime retour aux affaires :

Le 11 novembre 1928, à la faveur du retour de Poincaré aux affaires, il se voit confier le portefeuille des Colonies. Le 3 novembre 1929, André Maginot reprend les commandes du ministère de la Guerre. Poincaré s’était engagé sur un service militaire d’un an, André Maginot décide de maintenir la valadité de cet engagement. Mais il obtint une certaine compensation avec le recrutement de 100 000 soldats supplémentaires et l’embauche de civils pour permettre aux militaires de se concentrer sur leur mission de combat.

La principale action de la carrière politique d’André Maginot intervient au sujet de la ligne de fortification qui rendra son nom célèbre à travers le monde. Lorsque Maginot arrive au ministère, le projet de fortification des frontières est déjà bien avancé. La Commission de défense des frontières a fait le choix d’une fortification positionnée sur la frontière même. La ligne doit être composée d’ouvrage d’art profondément enterrés et dispersés. Le 29 décembre 1927, Painlevé accepte le programme de la Commission et les premiers travaux débutent six semaines plus tard. Cependant, le financement de ces énormes travaux n’est pas assuré.

Ligne Maginot

L’essentiel des infrastructures de la ligne Maginot sont souterraines, les extérieurs sont rares et réduits au strict minimum

Un vote du Parlement est nécessaire pour dégager des fonds autonomes et suffisants. Il s’agit de la tâche principale dont doit se rendre maître André Maginot. Or les réticences du Parlement à de telles dépenses sont nombreuses. Certains députés en contestent la nécessité dans des circonstances où les peuples aspirent à la paix et au désarmement. D’autres ne sont pas convaincus par les choix techniques retenus. Pour assurer le succès du vote des 3,3 milliards incorporés au budget de la guerre de 1930, Maginot s’efforcent de convaincre, en coulisse, les députés réticents. Habilement, il ne cherche pas à mettre systématiquement la sécurité en avant. Parfois, il avance des arguments économiques présentant la ligne comme un vaste chantier qui amènera la création d’un nombre important d’emplois. Enfin, en ministre chevronné, lors de la présentation du budget, le 10 décembre 1930, il propose de ne discuter du projet de fortification qu’en dernier lieu. Résultat de tous ces efforts, les 3,3 milliards sont votés à mains levées dans le calme et sans grand débat. Au Sénat, il obtint sans difficultés, une très nette majorité. Preuve que l’adhésion au projet est durable, en 1930 et 1931, André Maginot parvient à faire voter 2,4 milliards supplémentaires.

André Maginot exerce, par le choix du chef d’Etat-Major Général, une seconde responsabilité d’importance. Il parvient à imposer au Parlement le général Weygand, dont la nomination intervient le 2 janvier 1930. Il s’agit d’une réelle performance. Le général Weygand était vu par la gauche du Parlement comme un ennemi de la République. En compensation, André Maginot dut nommer sous-chef de l’Etat-Major général, le général Gamelin, dont le dévouement à la République est certain. Il est également convenu qu’il succédera au général Weygand. Le choix d’André Maginot en faveur de Maxime Weygand illustre sa volonté de disposer d’un chef dynamique qui, malgré la ligne Maginot, ne renonce pas à l’offensive. Dans la conception de Maginot, la ligne de fortification permet une meilleure concentration de la force de frappe française pour une offensive ou une contre-offensive. Les premiers rapports de Weygand sur l’état de l’armée française sont alarmants : dilution des structures de commandement, instruction lacunaire et surtout absence de matériel moderne. Au cours de l’année 1930, André Maginot va mettre tout son poids dans la balance pour obtenir au Parlement l’ouverture de plusieurs crédits au bénéfice des forces armées. Il appuie notamment un programme de motorisation de plusieurs divisions. La coopération de Weygand et Maginot permet donc de sensiblement améliorer l’état de l’armée française à la veille de l’arrivée au pouvoir des nationaux socialistes en Allemagne.

Weygand

Le général Weygand, que seul André Maginot pouvait imposer à la tête de l’armée

Le dernier dossier dont André Maginot se chargea est celui de la conférence internationale du désarmement, qui se tint le 2 janvier 1932. Il prépara un mémorandum dans lequel, sans omettre le soulagement que pourrait procurer au bien être des populations une politique de désarmement, il se refusait à l’assumer sans garantie suffisante. Selon André Maginot, un nouvel effort de réduction des armements français ne pourrait s’opérer qu’à la condition que la France ait la certitude d’une intervention militaire rapide des autres gouvernements de la SDN dans le cas d’une agression.

André Maginot

Portrait d’André Maginot dans les dernières années de sa vie

A la toute fin janvier, le ministre de la Guerre tombe malade et est hospitalisé. La typhoïde est diagnostiquée. Ses blessures de guerre avaient dangereusement affaiblies son organisme. Bien qu’âgé de seulement 54 ans, il s’éteint dans les premières heures du 7 janvier 1932. Après des obsèques nationales, le 10 janvier, son corps est transféré, selon sa volonté, à Revigny-sur-Ornain.

L’œuvre d’André Maginot ne se limite donc pas à la réalisation de la ligne de fortification qui porte son nom. Il a largement contribué à doter la France d’un outil militaire puissant qui lui donne, jusqu’en 1936 de sérieuses chances de succès dans un affrontement avec l’Allemagne. Grand défenseur des anciens combattants, ces derniers lui rendent hommage en 1953, lorsque la fédération nationale des mutilés, victimes de guerre et anciens combattants prend le nom de fédération nationale André Maginot. Outre la tombe familiale du cimetière communal de Revigny-sur-Ornain deux monuments meusiens, datant de 1935, lui sont consacrés à Souville, lieu des exploits du sergent Maginot et à Revigny-sur-Ornain ainsi qu’un espace pédagogique à Maucourt-sur-Orne.

Par Romain SERTELET

Pour en savoir plus :

SORLOT Marc, André Maginot (1877-1932) L’homme politique et sa légende, Metz, Editions Serpenoise, 1995, 310 p.

BELPERRON Pierre, André Maginot, Paris, Plon, 1940, 92 p.

Crédit Photo : © André Maginot

 

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